La ménopause est souvent réduite à une étape biologique marquée par la fin des règles et des bouleversements hormonaux. Pourtant, elle est aussi profondément influencée par les représentations sociales et culturelles qui l’entourent. Ces dernières façonnent le vécu même de la ménopause, les attentes, les déceptions, les craintes et parfois même les silences.
La ménopause et ses représentations affectent votre bien-être et votre vie intime ? Sexologue clinicienne à Saint-Cloud, je vous accompagne afin de comprendre et d’apprivoiser les transformations liées à la ménopause et leurs répercussions sur votre sexualité. Je suis également à vos côtés pour vous aider à retrouver un bien-être émotionnel, relationnel et intime.
Les représentations sociales et culturelles influencent la perception et le vécu de la ménopause
La ménopause ne se vit pas seulement dans le corps : elle se construit aussi à travers les représentations sociales et culturelles. Ces normes façonnent la manière dont les femmes perçoivent et vivent cette période de vie.
Représentation de la féminité
Simone de Beauvoir écrivait dans Le Deuxième Sexe (1949) que la ménopause constitue une rupture brutale : la femme y serait « brusquement dépouillée de sa féminité ». Cette perspective reflète les représentations de l’époque dans lesquelles la féminité était fortement associée à la fécondité. Cette idée selon laquelle la valeur d’une femme serait liée à sa capacité à enfanter ne correspond plus à la réalité des parcours de vie contemporains. Mais ces représentations restent tenaces : elles s’inscrivent dans l’imaginaire collectif, dans les discours familiaux, dans les médias et parfois même dans le regard que les femmes portent sur elles-mêmes. La ménopause devient alors non seulement une transformation biologique mais aussi une transformation identitaire.
Valorisation culturelle de la jeunesse et d’un type de beauté
Notre culture valorise un corps jeune, mince et sans marques du temps. Les signes liés au vieillissement sont souvent perçus comme des défauts à dissimuler. Cette pression peut renforcer le sentiment de décalage ou même d’effacement chez les femmes ménopausées dont le corps s’éloigne de ces normes idéalisées.
Perceptions genrées du vieillissement
Le vieillissement n’est pas perçu de la même manière selon qu’il concerne les hommes ou les femmes. Un homme mûr est souvent associé au charisme, au statut et à la maturité tandis qu’une femme mûre est plus fréquemment renvoyée à l’idée de vieillissement et de perte de désirabilité. Ce double standard crée une asymétrie qui peut influencer la manière dont les femmes vivent la ménopause.
Injonction à la performance
Notre société valorise l’activité, l’efficacité et la disponibilité permanente. « Tenir », « assurer », « rester en forme tout le temps ». Le rôle de « superwoman » impose l’idée qu’une femme doit être performante partout et tout le temps : au travail, en famille, dans le couple et dans sa vie personnelle. Dans ce contexte, la fatigue, la perte d’énergie, les douleurs, le brouillard mental ou la baisse de libido sont alors interprétés comme une faiblesse plutôt que des manifestations naturelles du corps.
Scripts sexuels
La sexualité s’impose dans nos vies qu’on le veuille ou non : dans les journaux, à la télévision, dans les films, les séries ou la publicité. Cette présence constante crée l’impression qu’une vie sexuelle active serait incontournable, presque indispensable au bien-être personnel ou à l’équilibre du couple. Elle rend alors plus difficile l’acceptation des variations du désir notamment au moment de la ménopause.
Les normes sexuelles dominantes continuent souvent de réduire la sexualité à la pénétration et à la performance : le plaisir se mesure à l’érection, à la lubrification, à l’orgasme ou à la fréquence des rapports. Cette vision étroite tend à rendre invisibles d’autres formes de plaisir qui pourraient notamment être explorés à la ménopause.
Le désir féminin quant à lui est encore trop souvent pensé en miroir du désir masculin selon des normes de disponibilité, de réactivité ou de « complémentarité ». Ces conceptions restreignent la diversité des expériences et des expressions du désir et limitent l’ouverture à d’autres scripts sexuels.
Heureusement, ces codes et croyances peuvent être bousculés.
La ménopause peut alors devenir une opportunité de réinvention, une période où la sexualité se reconnecte au corps, au ressenti et au plaisir plutôt qu’à la performance ou à la reproduction.
Redéfinir sa sexualité à son image, c’est revendiquer une liberté nouvelle, plus consciente, apaisée et pleinement assumée.
Le silence social autour de la ménopause
Comment se manifeste ce silence ?
Le silence autour de la ménopause se déploie dans toutes les sphères de la vie.
Dans la sphère sociale et médiatique, la ménopause reste absente
Peu de représentations, peu de récits, peu de modèles féminins visibles à cette étape.
Le désir féminin mature est rarement représenté, les femmes de plus de 50 ans disparaissent des écrans, des publicités et des discours sur l’intime et la sexualité .
La ménopause est encore largement perçue comme une affaire strictement féminine comme si elle ne concernait que les femmes elles-mêmes. Cette représentation enferme la ménopause dans une expérience isolée et invisibilise tout ce que cette transition implique dans la vie relationnelle, affective ou sociale.
Dans la sphère intime, la parole reste difficile
Beaucoup de femmes taisent leurs inconforts, leurs doutes ou leurs émotions par peur d’être jugées, incomprises ou perçues comme “vieillissantes”. Ce silence s’explique aussi par un manque de mots et de représentations : la ménopause est rarement nommée, rarement racontée et donc difficile à partager.
Il se prolonge souvent dans la transmission mère-fille où le sujet reste tabou ou simplement absent, laissant chaque génération découvrir seule ce passage pourtant universel.
Un indicateur fort de ce silence : la surprise face aux symptômes
Beaucoup de femmes découvrent la ménopause sans préparation ni information, dans un profond décalage entre la ménopause imaginée souvent réduite à quelques signes “classiques” comme les bouffées de chaleur et l’expérience réelle, bien plus complexe et multiforme.
Ce décalage est largement alimenté par un manque d’information préalable.
De nombreuses femmes rapportent ne pas avoir été préparées à la diversité des manifestations possibles, ni aux effets physiques, émotionnels ou relationnels que cette transition peut entraîner.
Ce silence, allié aux représentations sociales et culturelles qui façonnent le regard porté sur la ménopause n’a rien d’anodin : il peut amplifier les symptômes ressentis et freiner la capacité d’adaptation des femmes.
Des normes sociales aux pratiques médicales
Les représentations sociales et culturelles tout comme le silence social qui entoure la ménopause influencent aussi la manière dont elle est étudiée, prise en charge et accompagnée.
Le regard médical, loin d’être neutre, s’est construit dans un contexte culturel où le corps masculin faisait référence et où le vécu des femmes restait secondaire.
Une médecine historiquement pensée autour du corps masculin
Longtemps ignorée ou réduite à un simple arrêt de la fertilité, la ménopause ne devient un objet médical à part entière qu’à partir du XIXᵉ siècle. Avant cela, elle était rarement nommée, souvent décrite comme une “cessation des humeurs” ou un “assèchement du corps féminin”!
Parce qu’elle ne concerne que les femmes et qu’elle symbolise la fin de la fécondité, la ménopause a longtemps été sous-investie cliniquement, symboliquement et socialement.
Ce biais a façonné les priorités de recherche, les contenus de formation médicale et les protocoles de prise en charge.
Un effet miroir entre normes sociales actuelles et pratiques médicales
Le milieu médical n’est pas un espace neutre : il reflète et reproduit les représentations sociales dominantes.
Ainsi, si la ménopause demeure un “non-sujet” dans l’espace public, elle tend aussi à l’être dans les cabinets médicaux.
Et si la parole des femmes reste fragilisée dans la société, elle peut l’être tout autant face aux professionnel·les de santé.
Lorsque la ménopause est associée à la fin du désir ou à une perte de féminité, ces dimensions corporelles, affectives et sexuelles risquent de ne pas être interrogées voire soutenues médicalement. La consultation reste souvent centrée sur le biologique laissant de côté les enjeux identitaires, émotionnels et relationnels qui accompagnent cette transition.
Vers une évolution de la prise en charge
De plus en plus de médecins se forment à la prise en charge de la ménopause et certains se spécialisent.
Des structures dédiées ont vu le jour comme l’Institut de Gynécologie Médicale de l’Hôpital Paris Saint-Joseph qui propose une prise en charge multidimensionnelle des symptômes de la ménopause. Il ne s’agit pas d’une consultation gynécologique classique mais d’une approche collective sous forme d’ateliers d’information et d’échange permettant aux femmes de mieux comprendre leurs symptômes, de trouver des ressources concrètes et de partager leur vécu avec d’autres femmes de la même tranche d’âge.
Un nouvel espoir : le rapport parlementaire de 2025 sur la ménopause
Le 18 octobre 2024, journée mondiale de la ménopause, une mission parlementaire sur la ménopause a été confiée par le Premier ministre à la députée Stéphanie Ritz autour de trois objectifs :
- Mettre en lumière les symptômes et conséquences de la ménopause sur la vie quotidienne et la santé physique et mentale des femme
- Renforcer l’approche préventive
- Eclairer le Gouvernement sur la prise en charge actuelle
Le rapport parlementaire a été remis le 9 avril 2025 formule 25 propositions pour faire de la ménopause une priorité de santé publique.

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Parce que la ménopause ne devrait pas être un sujet tabou, j’ai créé Les Apéros Ménopause™ : des rendez-vous mensuels pour échanger, s’informer et surtout ne plus se sentir seules. Chaque mois, dans une ambiance conviviale et bienveillante, des sujets variés sont abordés autour de la ménopause.
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