Rouge, verte ou jaune, brillante, sucrée, acidulée, croquante… la pomme attire et séduit.
De la mythologie grecque à la Bible, de l’art de la Renaissance aux contes populaires, elle traverse les époques en révélant nos contradictions entre plaisir et morale, curiosité et transgression.
De la pomme d’or d’Aphrodite à la pomme d’amour, elle raconte une même histoire : celle d’un fruit qui incarne à la fois la tentation et l’amour, le désir et l’interdit.
Explorer ces symboles, c’est aussi interroger notre propre rapport au désir, à la sensualité et à la liberté d’aimer.
En tant que sexologue clinicienne à Saint-Cloud, j’accompagne celles et ceux qui souhaitent mieux comprendre ces liens entre corps, émotions et plaisir.
Mythologie grecque de la pomme d’or à la pomme d’amour
Lors des noces de Pélée (roi théssalien) et Thétis (une nymphe de la mer), tous les dieux sont invités sauf Éris, la déesse de la discorde.
Furieuse d’avoir été écartée, elle lance une pomme d’or au milieu du banquet, portant l’inscription « à la plus belle ».
Le geste enflamme aussitôt la rivalité entre Héra (déesse de mariage et de la fécondité), Athéna (déesse de la sagesse) et Aphrodite (déesse de l’amour).
Chargé de les départager, le prince troyen Pâris remet la pomme à Aphrodite, charmé par sa promesse : lui offrir l’amour d’Hélène, l’épouse du roi de Sparte, Ménélas.
Ce choix, fruit du désir et de la séduction, déclenche la guerre de Troie. En enlevant Hélène et en l’emmenant à Troie, Pâris provoque la colère de Ménélas et de son frère qui rassemblent les armées grecques pour la reprendre.

C’est ainsi que dans la Grèce antique, lancer une pomme à quelqu’un revenait à lui déclarer son amour.
Si la personne attrapait le fruit, cela signifiait que le désir était partagé.
Dans un autre récit, les pommes d’or du jardin des Hespérides sont offertes par Gaïa (la Terre-Mère) à Héra (déesse de mariage et de la fécondité) lors de son union avec Zeus (roi des dieux).
Elles poussent dans un jardin merveilleux, situé aux confins du monde, gardé par les nymphes Hespérides et par un dragon à cent têtes. Ces fruits symbolisent la fécondité, la jeunesse éternelle et l’union sacrée entre la Terre et le Ciel.
En les dérobant lors de son onzième travail, Héraclès, fils de Zeus et d’une mortelle, accomplit un geste mêlant désir, bravoure et transgression en s’aventurant dans le domaine des dieux.
La pomme de la genèse
Dans le récit biblique de la Genèse, après avoir créé le ciel et la terre, Dieu façonne le jardin d’Éden, un lieu de paix, d’harmonie et d’abondance. Au milieu de ce paradis, il plante deux arbres : l’un donne la Vie, l’autre la Connaissance du bien et du mal. Il y place Adam et Eve, libres de tout, à une condition : ne pas toucher au fruit de l’arbre de la Connaissance.
Le serpent, figure du mal et de la tentation, pousse Eve à goûter au fruit. Adam la suit, et tous deux sont alors chassés du paradis.
Ce geste, traditionnellement lu comme une faute originelle, a aussi été interprété, dans des lectures plus modernes, comme un acte de curiosité, de désir de savoir et de quête de liberté.

Fait intéressant, le texte biblique ne mentionne jamais de pomme : le fruit défendu est devenu une pomme plus tard, à partir du latin malum, qui signifie à la fois « mal » et « pomme », un glissement linguistique qui a contribué à associer le péché au désir, et la transgression à la tentation.
La pomme dans l’art à la renaissance
Dans la peinture de la Renaissance italienne, la pomme apparaît souvent dans les mains de Vénus, déesse romaine de l’amour et de la beauté, parfois accompagnée de son fils Cupidon. Petit dieu ailé armé d’un arc et d’un carquois de flèches, Cupidon fait naître l’amour d’un simple tir de flèche en plein cœur. Les artistes utilisent ces images pour exprimer l’union de deux forces : la pomme, symbole de beauté charnelle et de séduction, et la flèche de Cupidon, symbole de passion amoureuse.
Dans l’Allégorie avec Vénus et Cupidon de Bronzino, Vénus enlace Cupidon dans une étreinte ambiguë et tient dans sa main une de ses flèches tandis qu’une pomme, discrètement posée au premier plan, rappelle la tentation et le désir défendu.

Plus tard, dans l’imagerie romantique du XIXᵉ siècle, cette métaphore se diffuse dans les illustrations, cartes postales et objets décoratifs. La pomme transpercée d’une flèche y devient une image de l’amour blessé, du désir passionné ou du coup de foudre
La pomme d’Adam
L’appellation « pomme d’Adam » apparaît vers 1640, selon le Dictionnaire historique de la langue française.
Selon une interprétation issue du récit biblique, Adam n’aurait pas réussi à avaler le fruit défendu : un morceau serait resté coincé dans sa gorge, laissant une trace visible chez les hommes.
Sur le plan anatomique, la pomme d’Adam, en réalité le cartilage thyroïde, est plus marquée chez les hommes en raison du développement du larynx à la puberté, sous l’effet de la testostérone. Celui-ci augmente d’environ 34 % chez les filles et de 60 % chez les garçons rendant la proéminence plus visible et la voix plus grave.

Petit bouclier protecteur des cordes vocales, la pomme d’Adam est ainsi devenue, dans la culture occidentale, un signe visible de la maturité masculine.
Souvent associée à la voix grave, à la force et à la séduction, elle a inspiré de nombreuses représentations artistiques et symboliques du corps masculin de la sculpture antique aux icônes contemporaines.
Blanche-Neige et la pomme empoisonnée
Dans Blanche-Neige des frères Grimm (1812), la pomme rouge et blanche offerte par la marâtre déguisée devient l’instrument de la rivalité entre deux figures féminines : la jeune fille en devenir et la femme qui refuse de vieillir. Mais cette pomme est aussi une pomme de tentation. Belle, brillante, irrésistible, elle attire le regard et promet la douceur du fruit défendu. Attirée par sa beauté, Blanche-Neige cède à la tentation, mord dans la pomme offerte par la Reine et s’effondre dans un sommeil éternel, que seul le baiser d’un amour véritable pourra rompre.

La pomme d’amour
La pomme d’amour telle qu’on la connaît aujourd’hui serait née au début du XXᵉ siècle dans le New Jersey aux Etats Unis. Un confiseur aurait expérimenté un nouveau mélange de sucre, eau et cannelle rouge, destiné à décorer sa vitrine pour Noël. Il en aurait trempé quelques pommes dont l’éclat carmin attira aussitôt les passants.
Confiserie emblématique des fêtes foraines et de la Saint-Valentin, la pomme d’amour est avant tout une gourmandise romantique qui éveille le plaisir des sens. Belle, croquante, juteuse et sucrée, c’est une pomme enrobée d’une fine couche de sucre caramélisé rouge et plantée sur un bâton.


